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L'homicide par omission : réflexions à partir d'un fait divers sur une personne âgée atteinte de démence

Vie du quotidien2018.06

Certains faits divers, quand nous les lisons, nous les prenons toujours pour « les affaires des autres ». Ce n’est que lorsqu’une telle chose arrive vraiment près de vous — à quelqu’un que vous connaissez — que l’on prend soudain conscience que ce genre de chose peut réellement se produire.

Un fait qui serre le cœur

Il y avait un vieux couple, tous deux atteints d’une grave démence, laissés par leurs enfants adultes vivre seuls à la campagne. Au quotidien, les enfants se contentaient de faire livrer des repas en boîte par quelqu’un ; presque tous les autres soins restaient à l’abandon. À cause de leur démence, les deux vieillards n’étaient plus capables de subvenir à leur vie quotidienne, et leur cadre de vie sombra dès lors peu à peu dans le désordre.

Au Nouvel An, les enfants revinrent partager un repas, sans pour autant y prêter attention, chacun estimant que prendre soin des parents était la responsabilité des autres. Certains proposèrent même, tout bonnement, de demander au Bureau des affaires sociales (l’organe local chargé de l’aide sociale) d’intervenir pour placer les deux aînés en établissement.

Plus tard, l’un des deux fit une chute accidentelle, se blessa et mourut, tandis que l’autre — à cause de la démence — ignorait que le compagnon de toute une vie, à ses côtés, s’en était allé, et n’avait donc aucun moyen d’appeler à l’aide. Ce n’est que lorsqu’un voisin, sentant que quelque chose n’allait pas, entra dans la maison pour vérifier que l’on découvrit qu’un des aînés était déjà mort depuis plusieurs jours, tandis que l’autre était resté ainsi, seul, à veiller à ses côtés, sans personne pour s’occuper de lui. Ce n’est qu’alors que le voisin se hâta de prévenir les enfants.

(Le récit d’origine comportait bien des scènes difficiles à regarder en face ; je me suis délibérément retenu ici, ne laissant que les contours de ce qui s’est passé.)

« Ne rien faire » peut aussi être une forme de préjudice

Il existe en droit un concept, celui du « délit par omission » (infraction commise par omission). En termes simples : lorsqu’une personne a l’obligation de protéger et de prendre soin d’autrui, mais que — étant en mesure d’agir — elle choisit de ne pas le faire, et cause ainsi un préjudice à cette personne, ce « ne rien faire » peut, en soi, engager une responsabilité juridique.

Les parents envers leurs enfants mineurs, et les enfants adultes envers des parents dépendants ou atteints de démence : les uns comme les autres, tant sur le plan juridique qu’éthique, portent un certain devoir d’entretien et de soin. Lorsque ce devoir est mis de côté, que ce soit délibérément ou par négligence, et que l’on laisse la situation se dégrader, ce résultat — « n’avoir pas levé la main, et pourtant avoir causé un préjudice » — ne saurait être excusé au simple motif que « je n’ai pourtant rien fait ».

Ce qui, dans cette nouvelle, m’a longtemps empêché de retrouver mon calme réside précisément là : ce qui est véritablement fatal n’est souvent pas un unique geste violent, mais l’indifférence prolongée et le renvoi mutuel de la responsabilité.

Quelques points à garder à cœur

La démence fait gravement décliner les facultés cognitives d’une personne, jusqu’à un point où elle a presque besoin des soins complets d’autrui. Ce n’est pas qu’« elle refuse exprès de coopérer » ; c’est la cruauté de la maladie elle-même. Comprendre cela est le point de départ des soins.

J’ai aussi toujours cru que, lorsqu’une famille en vient à traiter ses aînés d’une manière qui frôle la « mise en cage », il y a le plus souvent, derrière cela, un lien de sang qui, accumulé au fil de longues années, a fini par ressembler à celui entre des étrangers. L’éloignement des sentiments ne naît pas en un jour, mais les conséquences qu’il entraîne peuvent peser au point de devenir irréparables.

C’est pourquoi l’éducation morale et le juste état d’esprit à l’égard du soin des aînés doivent vraiment s’enseigner dès le plus jeune âge. Et ce n’est pas seulement pour le bien des aînés, mais aussi pour faire comprendre à la génération suivante que le soin et l’accompagnement n’ont jamais été des responsabilités que l’on puisse externaliser ou rejeter sur quelqu’un d’autre.